Un des paradoxes du changement climatique réside dans le fait que tandis que le tiers de la superficie totale en terres vivra certainement sous des climats nouveaux, le climat mondial en général sera probablement plus homogène (PDF). Par conséquent, il est nécessaire d’accélérer à la fois les expériences (pour l’innovation) et les échanges entre des environnements éloignés mais bénéficiant de conditions similaires) afin d’aider nos variétés de cultures, bétail et poissons à s’adapter.
Les petits agriculteurs sont désireux d’expérimenter de nouvelles variétés et ils en cultivent souvent plusieurs d’une même espèce. Pourtant, alors que les « variétés améliorées » sont devenues largement populaires, de nombreux cultivateurs préfèrent planter des variétés autochtones, conservées dans leurs propres fermes ou échangées avec des voisins. La principale préoccupation est donc de savoir si ces systèmes semenciers très localisés ont une portée génétique et géographique suffisamment grande pour subsister au sein des climats agricoles en mutation.
Mauricio Bellon, David Hodson et Jon Hellin ont abordé cette question dans leur article Recommandations sur la vulnérabilité des systèmes semenciers de maïs traditionnel face au changement climatique au Mexique. Actuellement, les réserves de semences sont en effet très locales. Sur 20 sites situés entre 10 et 2980 m au-dessus du niveau de la mer, 90% des graines sont obtenues dans un rayon de 10 km, et 87% se situent entre 0 et 50 m d’altitude. Les futures semences devront provenir de variétés locales qui correspondent aux climats émergents auxquels les cultivateurs devront faire face.
Heureusement, les prévisions de modèles climatiques du Mexique (la médiane de 3 modèles MCG x 2 scénarios du GIEC pour 2050) indiquent que la majorité des sites sont situés dans un rayon de 10 km autour de leur futur agro-climat prévisionnel pour le maïs – étendue normale pour les systèmes semenciers traditionnels. Ce phénomène s’explique grâce à l’hétérogénéité spatiale relativement importante en ce qui concerne l’altitude et le climat. Mais il existe d’importantes variations au sein des environnements agro-climatiques. Les zones montagneuses ont davantage tendance à subir des changements, de la variabilité et de la vulnérabilité : 4 terrains sur 9 vont probablement passer à un agro-climat différent, les directions que prendra ce changement sont multiples, et la distance moyenne pour trouver un futur climat analogue est de 13 km, alors que cette distance est d’1 km à basse et moyenne altitude.
Les systèmes semenciers ne sont bien sûr qu’un des éléments étroitement liés qui composent les moyens de subsistance et les systèmes alimentaires qui sont vulnérables au changement climatique. De plus, les extrêmes climatiques, et pas seulement les moyennes, constitueront des données importantes pour l’agriculture. Par exemple, les cyclones deviendront probablement plus fréquents le long des plaines de la côte mexicaine. Cependant, les études comme celles réalisées par Bellon, Hodson et Hellin pourront être très utiles aux politiques, en aidant les agences à cibler leur aide vers des systèmes semenciers spécifiques, au lieu de répondre aux besoins indifférenciés de l’intégralité des communautés agricoles et des zones agro-climatiques. Ces principes sont tout particulièrement applicables aux espaces montagneux de conditions similaires où les variétés locales prédominent, comme c’est le cas pour le riz cultivé en altitude au Vietnam et au Népal. Ils peuvent également souligner la priorité de l’intervention au sein des systèmes semenciers où des changements majeurs sont annoncés mais dont les terrains analogues actuels sont éloignés.
L’homogénéité climatique globale croissante est d’une certaine façon une lueur d’espoir pour la sécurité alimentaire mondiale : elle permettra les échanges lointains de germoplasmes, de technologies et d’expériences des cultivateurs. Plus localement, comme le souligne l’article de Bellon, Hodson et Hellin, l’hétérogénéité à échelle correcte peut aider les cultivateurs à expérimenter et adapter leurs systèmes semenciers de façon proactive, permettant ainsi de se maintenir face au changement climatique, voire de le devancer.
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Ce blog fait partie de la série AgClim Letters, un bulletin mensuel sur la politique scientifique écrit par Sonja Vermeulen, directrice de recherche du programme du programme de CGIAR 'Changement Climatique, Agriculture et Sécurité Alimentaire' (CCAFS). Inscrivez-vous pour le recevoir comme un bulletin électronique.\
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