‘Hamburgers et yamburgers* - Implication d’un futur de quatre degrés pour l’alimentation en Afrique

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Photo: ILRI/Mann
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déc 1, 2010

par

Sonja Vermeulen (Head of Research, CCAFS)

(*burgers à la patate douce)

Les scientifiques les plus optimistes accordent leurs prédictions sur une augmentation maximale de 2 degrés de la température moyenne du globe vers la fin du siècle. Cependant le consensus est en train de changer. En effet, même si les engagements mondiaux actuels en termes de mitigation étaient entièrement respectés nous attiendrions + 3.5°C en 2100. Le bureau national britannique de la météo (UK Met Office) indique qu’un monde à + 4 degrés est assez probable, et il serait éventuellement atteint vers 2070 voir même 2060 – dans la vie de nos enfants. Ceci se traduira par une augmentation drastique de 15°C dans la température moyenne de l’Arctique, et de 3 à 8 °C dans les régions les plus peuplées du globe
 
Les décideurs les plus avant-gardistes affirment à juste titre que l’adaptation dans l’agriculture doit se faire en priorité localement, centré sur les connaissances et les innovations locales. Mais, qu’en serait-il si les agriculteurs étaient confrontés à des conditions complètement différentes à celles qu’ils ont connues au cours de leur vie ? L’agriculture est très sensible, même à un scénario de 2 degrés. Un monde à + 4  degrés dépasse les limites des savoirs à la fois locaux et mondiaux, et toute expérience aussi bien historique que moderne. En 2050 dans un quart des pays Africains – principalement au Sahel – les systèmes agricoles vont faire face à des conditions climatiques pour lesquelles il n’existe aucun analogue à l’heure actuelle au niveau mondial.
 
Un nouvel article intitulé ‘Agriculture and food systems in sub-Saharan Africa in a four-plus degree world’ de Philip Thornton, Peter Jones, Polly Ericksen et Andrew Challinor, prévoit des effets profonds.
 
En bref, une augmentation de + 4 degrés réduit à la fois la gamme des options potentielles d’adaptation et leur efficacité. Différents modèles de culture donnent différentes estimations. Cependant des ensembles multi-modèles suggèrent une diminution du rendement moyen, de 19% pour le maïs et de 47% pour les haricots, et des pertes de récoltes beaucoup plus fréquentes. De plus, les cultivars de maïs  pouvant produire des rendements fiables à +4 degrés ne constitue qu’une petite fraction des variétés actuelles.
 
A l’échelle de l’Afrique toute entière, 1.2 millions de km2 pourraient être forcées à basculer rapidement des systèmes caractéristiques d’exploitations mixtes avec à la fois culture et du bétail, vers des systèmes exclusifs de pâturages. Pour remettre cette perte en perspective, les estimations actuelles des surfaces de terres cultivées en Afrique vont de 1 à 6 millions de km2 (oui, mêmes nos données agricoles les plus élémentaires sont pauvres).
 
Ainsi, dans le domaine agricole, un monde à + 4 degrés fait appel à une capacité adaptative qui ne se limite pas à augmenter la résilience des systèmes actuels mais surtout qui intègre des façons complètement nouvelles de produire et de consommer.
 
Le défi politique consiste à ouvrir plus d’opportunités pour les petits exploitants africains, de ne pas restreindre leurs options. Les solutions ne seront pas purement techniques ou agricoles – elles devront se tourner vers de nouveaux marchés et vers la diversification des moyens de subsistance outres que ceux liés aux exploitations.  
 
Thornton et ses collègues soulignent quatre axes nécessitant d’une attention politique immédiate: le soutien aux stratégies de gestion des risques propres aux agriculteurs, le renforcement de la collecte de données agricoles de base, l’investissement sérieux dans les banques de gènes et l’amélioration de la gouvernance des systèmes de production agricole afin que les plus pauvres puissent avoir accès à des aliments abordables.
 
Thornton et ses collègues affirment que l’Afrique ne pourra plus compter sur les marchés mondiaux des céréales pour combler les écarts de rendements futures.
 
Avec l’urbanisation croissante les populations auront besoin de manger des aliments cultivés au niveau national et régional. Si une augmentation de 4 degrés signifie la fin d’un demi-millénaire pendant lequel les africains ont mangé du maïs, est ce que le 21ème siècle ouvrira-t-il la voie à une nouvelle ère d’alimentation urbaine autochtone ? Vera-t-on des hamburgers fermiers ou des yamburgers (burgers à la patate douce) résistants à la sécheresse ?
 
L’étude est paru dans le journal britannique Philosophical Transactions of the Royal Series A. Les auteurs seront ravis de recevoir vos commentaires sur les implications de 4 degrés futures pour l’alimentation en Afrique.


Ce blog a été écrit par Sonja Vermeulen, directrice adjointe de la recherche à CCAFS. Vous pouvez vous abonner pour recevoir le bulletin mensuel  « AgClim letters » par courriel.  Inscrivez-vous ici.