Construire des systèmes agro-sylvo pastoraux résilients en Afrique de l’Ouest, un grand chantier est lancé

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Le village de Dodoma en Tanzanie. Photo: C. Schubert (CCAFS)
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mai 4, 2015

par

Jules Bayala, Robert Zougmoré, Sékou Touré, Mathieu Ouédraogo (ICRAF, CCAFS West Africa)

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Les équipes pays réunies à Ouagadougou les 23 et 24 mars ont lancé le projet « Construire par la recherche-action participative des systèmes agro-sylvo-pastoraux résilients face aux changements climatiques en Afrique de l'Ouest (BRAS-PAR) ».

Le développement rural dans les pays ouest-africains a été longtemps caractérisé par des approches sectorielles c’est à dire des approches basées sur différentes spécialités et domaines de production (exemple : production végétale, élevage, production forestière, production piscicole,  etc.). Or il est apparu au fil des années la nécessité d’intégrer ces différents éléments pour assurer une productivité soutenue dans le temps et prenant en compte le facteur risque. En outre, dans les milieux ouest-africains, ce sont les systèmes de production intégrés qui ont la faveur des paysans qui, ainsi arrivent à minimiser les risques d’échec de production dans un environnement connu comme très difficile.

photo de groupe du landement du projet bras par

photo: sekou toure (ccafs w.a) 

C’est dans ce contexte que le World Agroforestry Centre (ICRAF) avec des partenaires ont soumis le projet intitulé« Construire par la recherche-action participative des systèmes agro-sylvo-pastoraux résilients face aux changements climatiques en Afrique de l'Ouest (BRAS-PAR) » à l’appel à projets du Flagship 1 du Programme de recherche du CGIAR sur le Changement climatique, l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire (CCAFS) et qui a été accepté pour financement.

Ce projet qui sera mis en œuvre à Tibtenga (Burkina Faso), à Doggoh et Bompari (Ghana),  à Kampa Zarma (Niger), à Ngouye et Daga Birale (Sénégal) vise à développer des innovations technologiques et sociales se basant sur les approches de l’agriculture intelligente face au climat. Pour ce faire il travaillera à intégrer les systèmes culture-élevage-arbre grâce à une meilleure compréhension de la demande et de la perception des agriculteurs et en prenant en compte les questions de genre et de différenciation sociale.

De façon concrète, le projet BRAS-PAR pose les questions suivantes :

  • Comment mieux intégrer les systèmes de production culture-élevage-agroforesterie pour des agro-éco-systèmes et  des petits agriculteurs plus résilients en Afrique de l'Ouest dans un contexte de climat variable et changeant?
  • Comment combiner différentes technologies climato-intelligentes de gestion d’eau et de système intégré culture-élevage-arbres pour améliorer la capacité d'adaptation des petits exploitants agricoles, leur sécurité alimentaire et  nutritionnelle et leurs revenus?
  • Quelle durabilité pour les options transformatives culture-élevage-arbres au niveau des ménages et des communautés ?
  • Quels sont les conditions et les déterminants socio-institutionnels pour l'adoption  de la gestion incrémentale de l’eau ainsi que des  technologies climato-intelligentes intégrées culture-élevage-arbres?

Comment le projet compte t-il atteindre ses objectifs ?

En privilégiant la planification participative…

  • En outillant les plateformes existantes de partenariat multi-acteurs pour promouvoir le développement de l’agriculture intelligente face au climat ;
  • En définissant des indicateurs clairs pour la résilience et la capacité d’adaptation en s’inspirant de Pramova et al. (2013) combinés à l’outil d’évaluation et de surveillance de la dégradation des terres;
  • En identifiant les risques climatiques majeurs, les contraintes, les opportunités et les ressources;
  • En faisant une carte de vulnérabilité des différents groupes ;
  • En définissant et en développant des partenariats nécessaires (unités de soutien technique, des comités locaux de village ...) pour réaliser la vision commune définie;
  • En identifiant les options technologiques pour des essais et pour des démonstrations au champ.

… en testant sur le terrain des innovations agricoles avec les communautés

  • Basées sur l’information climatique dont notamment les prévisions saisonnières;
  • la combinaison de pratiques agronomiques améliorées, les techniques de conservation de sol/eau (travail minimal du sol,  rotations des cultures, fertilisation organique, microdosage);
  • les pratiques agro-forestières (réhabilitation des terres et de la végétation, la régénération naturelle assistée des arbres, l’amélioration des fruits, légumes feuilles des ligneux, etc.) ;
  • l’amélioration des systèmes de production d’aliments et de nutrition  du bétail (production de fourrage, la gestion des résidus de culture, rations à faibles coûts pour la production animale);
  • le développement des compétences en agro-business ;
  • l’évaluation participative.

…en renforçant les capacités et en développant le partenariat pour la mise à l’échelle des modèles de villages intelligents face au climat

Il s’agit de :

  • Former des chercheurs sur les approches, méthodes et outils nécessaires à la recherche-action;
  • Former des unités de soutien technique dans les sites pour assurer la mise en œuvre, le suivi et la communication des résultats de la Recherche Action Participative (PAR) ;
  • Mobiliser les plates-formes nationales (dialogue scientifiques/décideurs) pour relier les besoins prioritaires nationaux aux expériences au niveau local et aux conditions favorables spécifiques.

Un partenariat prometteur…

Pour sa mise en œuvre, le projet BRAS-PAR jouit d’un large éventail de partenaires. Intervenant sur des thèmes ou sujets précis, ces partenaires seront pour beaucoup dans le succès du projet.

un partenariat prometteur

Photo:sekou toure (ccafs w.a) 

En plus de l’ICRAF qui va assurer la coordination du projet et les questions liées à la santé des terres, la modélisation des interactions arbres-cultures des systèmes agro-forestiers et l’analyse de la chaîne de valeur ; on aura :

  • Les producteurs et les communautés locaux, premiers partenaires du projet, qui permettront une adoption plus rapide des technologies de l’Agriculture Intelligente face au Climat ;
  • L’Institut International de Recherche sur l’Elevage  (ILRI) chargé des questions de production animale ainsi que le développement des chaînes de valeur, l'approche des systèmes d'innovation et la modélisation des systèmes de production ;
  • L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN) en charge de la gestion des ressources naturelles, la gouvernance locale, les outils innovants de planification, le suivi-évaluation inclusif et l'apprentissage social ;
  • L’Institut International de Gestion de l’Eau (IWMI) qui gère les questions liées à l'eau et à la mise à l'échelle des technologies éprouvées à travers l'utilisation des médias et des vidéos ;
  • Le Centre régional AGHRYMET  chargé de l’information climatique ;
  • Les services météorologiques nationaux des pays concernés ;
  • Les instituts nationaux de recherche agricole (INERA-Burkina Faso, SARI-Ghana, INRAN-Niger et ISRA-Sénégal);
  • Les ONGs pour la mise à l’échelle et les partenariats stratégiques;
  • Le secteur privé (micro-finance, téléphonie mobile, etc.).

Quels sont les résultats de recherche et les impacts attendus du projet ?

En termes de résultats le projet devrait parvenir aux impacts suivants :

  • Les Institutions nationales de recherche agricole (INERA au Burkina Faso, SARI, au Ghana INRAN au Niger et ISRA au Sénégal) mettent en œuvre et institutionnalisent les principes de la recherche-action participative grâce à l'intégration des partenaires non traditionnels dans le développement des technologies. L’intervention de ces partenaires (ONG, fournisseurs d’intrants  et les commerçants  des produits agricoles, institutions de micro-finance) permettra de créer un environnement propice pour la mise à l'échelle des technologies et pratiques de l’Agriculture Intelligente face au Climat.
  • Les partenaires de développement national (services nationaux de vulgarisation, projets de développement et les organisations paysannes) au Burkina Faso, au Ghana, au Niger et au Sénégal diffusent et assurent un meilleur accès à l'information sur les meilleurs portefeuilles de CSA.

Ce faisant, la capacité d'adaptation de 1.000.000 de petits agriculteurs au Burkina Faso, au Ghana, au Niger et au Sénégal  (dont 50% de femmes et 500 000 par pays) seront renforcées à travers la planification stratégique de leurs activités agricoles, basée sur la connaissance des technologies et des pratiques de l'Agriculture Intelligente face au climat.

  • Le secteur privé y compris les ONG (FNGN, Larwaal, ProNet Nord, CARE International), les institutions de micro-crédit, agro-commerçants, les radios rurales du Burkina Faso, du Ghana, du Niger et du Sénégal intensifient la vulgarisation des portefeuilles de CSA pertinentes grâce à de nouveaux programmes d'incitation. Le micro-financement soutiendra le coût initial sur le long terme (technologies et pratiques de réhabilitation des terres et de la végétation) et les opérations coûteuses comme les étangs de collecte d'eau.