Il était une fois, Mariama…

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Mariama Keita of Sikilo Village at the test site where she is helping scientists to understand what impacts climate advisories can have when they are followed, compared to traditional knowledge and other agricultural interventions. Photo: V. Meadu (CCAFS)
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Grâce à l’utilisation des services d'information climatique, Mariama Keïta est devenue une grande productrice agricole et un exemple pour les femmes de son village.

Il était une fois Mariama Keïta. Elle avait 25 ans et vivait dans un village sénégalais du nom de Sikilo non loin de kaffrine. Elle est mariée et mère de 2 enfants.

Dans son pays, le Sénégal, où l’agriculture est fortement dépendante de la pluviométrie, les agriculteurs étaient très vulnérables face aux effets de la variabilité et du changement climatique.

La question que tout le monde se posait était: comment maintenir une production agricole satisfaisante malgré des conditions climatiques très variables ?

On s’est longuement posé cette question sans pouvoir y apporter une réponse.

Les agriculteurs étaient sceptiques quant à leur avenir et redoutaient des lendemains difficiles.

En 2011, le programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaires (CCAFS) et l’agence nationale de météorologie du Sénégal (ANACIM) vinrent dans la région de Kaffrine avec un projet qui avait pour but de mettre à la disposition des agriculteurs des services climatique pertinents.

Les chercheurs pensaient que Kaffrine répondait parfaitement aux critères pour la mise en œuvre de leur projet. C’est ainsi que dans les villages de Tounse mosquee, Gniby, Daga-Birame et Sikilo des sites test ont été mis en place et tenu par des agriculteurs locaux.

Pour les agriculteurs, des informations sur les prévisions météorologiques, les dates de début et de fin de l’hivernage leur permettraient de mieux planifier leurs activités culturales et d’améliorer leur résilience face aux chocs climatiques.

Mariama découvre l’information climatique…

Quant elle entendit parler de ce projet, Mariama était sceptique. Elle ne croyait pas à ce que racontaient ces faiseurs de miracle. La première année, elle continua donc à cultiver comme elle le faisait et comme cela se fait depuis des décennies dans son village.

Quelque temps après, elle entendit les gens parler des avantages du projet et de la pertinence de l’utilisation de l’information climatique. Elle pensa alors au conseil de son grand père qui lui dit un jour : « Mariama, ne juge jamais avant d’avoir vérifié ».

Elle prit son courage à deux mains et alla voir l’ANACIM. Non loin de sa concession, on lui donna un champ-test. Ce champ fût divisé en deux parcelles d’égales superficies. Dans celui du projet, elle devait tenir compte que des prévisions météorologiques et des conseils relatifs à l’agriculture fournis par l’ANACIM. Dans l’autre, elle était libre de cultiver selon ses propres habitudes et connaissances. Les cultures pratiquées étaient le mil et l’arachide.

Elle reçut une formation qui devait lui permettre de comprendre l’information climatique. Elle pouvait également informer les scientifiques sur le type d'information dont elle avait besoin.

Elle recevait l’information climatique tout au long de la saison grâce à son vieux poste radio. L’ANACIM avait noué un partenariat avec l’union des radios associatives et communautaires du Sénégal (URAC). L’information climatique était donc diffusée régulièrement à travers des bulletins météo par des radios avoisinantes. Elle écoutait aussi avec grande attention les échanges des agriculteurs de son village lors des émissions interactives organisées par l’ANACIM.

Personnellement, elle préférait recevoir les informations climatiques par SMS. Contrairement au poste radio, elle pouvait emmener son téléphone portable partout.

Mariama vérifie un message SMS avec conseils sur les conditions météorologiques et agricoles actuelles. Elle partage les messages qu'elle reçoit avec d'autres membres de la communauté. Photo: V. Meadu (CCAFS)

Très vite, Mariama se rendit compte que la parcelle de l’ANACIM produisait un meilleur rendement du fait de l’utilisation intelligente de l’information climatique.

C’était donc vrai !

Emerveillée, elle contemplait son champ. Elle n’en croyait pas ses yeux. Alors elle s’investit plus. Elle attendait impatiemment l’information climatique et les conseils. Elle n’arrêtait pas de parler des informations reçues lors des rencontres entre femmes.

Ses rendements s’amélioraient de plus en plus et elle gagnait de plus en plus d’argent. Elle s’est rendu compte qu’on peut mener une agriculture intelligente face au climat.

Mariama utilise activement les prévisions climatiques pour rester productive et prospérer sous le changement climatique. Photo: V. Meadu (CCAFS)

Mariama améliore sa condition de vie…

Grâce au meilleur rendement sur ses récoltes, Mariama gagnait de plus en plus d’argent. Elle et sa famille mangeaient mieux désormais grâce aux stocks qu’elle faisait. Elle achetait régulièrement de nouveaux habits pour elle même, sa maman, ses enfants et même pour son mari. Désormais, les frais de scolarité de ses enfants n’étaient plus un problème. Elle avait suffisamment d’argent pour les payer à l’avance. En cas de maladie, elle pouvait payer les frais médicaux de sa famille. Son mari était content d’elle et ne cessait de la remercier.

 Grace à Mariama, j’ai désormais un soutien financier de taille. La vie est moins dure. Je ne cesserais de remercier le CCAFS et l’ANACIM. Moussa Sow, époux de Mariama.

Assise sous le hangar du nouveau bâtiment en ciment qu’elle vient de construire dans sa concession, Mariama ne cesse de réfléchir  à ce que serait sa vie sans ce projet initié par le CCAFS et l’ANACIM.

De plus en plus d’engouement…

Comme Mariama, de plus en plus d’agriculteurs prennent conscience de la pertinence de l’utilisation de l’information climatique. Ils n’attendent plus que cette information leur parvienne, ils vont à sa recherche.

En 2014, ils étaient plus de 2 millions d’agriculteurs sénégalais qui avaient accès a l’information climatique. Et ce chiffre ne cesse de croitre, aujourd’hui ils sont près de 7 millions. En savoir plus: L’impact des services d’information climatique au Sénégal

Les agriculteurs sont impliqués dans chaque phase du projet, de la production de l’information climatique à son utilisation en passant par sa diffusion.

Au Sénégal, l’information climatique est considérée comme un intrant agricole à part entière et au même titre que les semences, les engrais et autres matériaux fondamentaux de la production.