Irrigation et changements climatiques, le Mali veut passer à l’action

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Photo: P. Casier (CGIAR)
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aoû 5, 2014

par

Sékou Touré (CCAFS West Africa)

L’eau, on le sait, est un facteur déterminant pour le développement du secteur agricole dans les pays africains.  Pour mieux faire face à ce problème, les autorités maliennes ont décidé d’aménager 350 000 hectares irrigables d’ici quelques années.

Lors du sommet de l’Union Africaine à Malabo qui avait pour thème « l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire en Afrique », les chefs d’Etats africains ont décidé d’allouer au secteur agricole 10% des budgets nationaux et de mettre l’accent sur l’irrigation, cela pour concrétiser leur volonté maintes fois affichée de faire de l’Agriculture le moteur du développement du continent. Ce sommet a ainsi consacré le caractère incontournable de l’eau pour le développement d’une agriculture africaine durable et prospère, particulièrement dans un contexte de changement climatique. La question de sa disponibilité en quantité et en qualité suffisantes a été discutée.

L’irrigation, une nécessité pour répondre aux changements climatiques en Afrique

L’Economie africaine repose en grande partie sur l’agriculture. De ce secteur dépend 70% de la population africaine. L’eau est un facteur de production essentielle pour l’agriculture.

Il ne saurait y avoir de production végétale sans apport en eau douce, laquelle est malheureusement tributaire pour une large part des pluies. Il en est de même de la survie du bétail qui dépend de l’accessibilité des mares d’eau.

Plusieurs études en Afrique confortent cet état des choses, notamment celle récente réalisée par l’IWMI en collaboration avec le programme CCAFS sur les incidences sur les ressources en eau du changement climatique dans le bassin de la Volta.

En effet, la pratique de l’agriculture en Afrique sub-saharienne est étroitement liée à la pluviométrie or le continent est l’un des plus vulnérables à la variabilité et aux changements climatiques. Depuis la fin des années 1960, on assiste à une baisse générale de la pluviométrie. En Afrique de l’Ouest, cette baisse représente environ 20% de la moyenne annuelle.

Cela impacte nécessairement l’agriculture, à travers entre autres : la diminution des débits des grands fleuves, le faible rendement des cultures, la baisse des rendements de la pêche, la diminution des cheptels, la pauvreté.

Vu que 1/3 de la population africaine est actuellement sous-alimentée et que cette population devrait passer de 700 millions à plus d’un milliard d’ici deux décennies, il est impératif d’améliorer la maîtrise de l’eau afin de réduire les risques d’échec de production et ainsi, permettre aux communautés vulnérables d’obtenir leurs moyens de subsistance . Dans ce contexte extrêmement difficile de variabilité et de changement climatique, l’irrigation s’impose comme une alternative de choix pour améliorer la résilience des populations rurales.

En effet, avec l’irrigation, on peut avec moins de risques planter et semer,  assurer une croissance continue et garantir de meilleurs rendements. Elle permet d’augmenter les superficies cultivées, d’intensifier et de stabiliser la production. Certaines techniques d’irrigation permettent même de fertiliser en même temps les champs.

Il incombe donc aux pays africains de bâtir des vraies stratégies autour de la question comme ce fût le cas en Inde ou en Afrique de l’Est.

Le Mali veut passer à l’action

Le Mali est certainement l’un des exemples à suivre quant au financement du secteur de l’intensification de l’agriculture. Avec le Burkina Faso, le Ghana, la Guinée, le Niger et le Sénégal, ce pays a été l’un des rares à respecter les engagements pris à Maputo, il y a 10 ans.

Après cet exploit, le Mali ne veut pas s’arrêter en si bon chemin.

Selon le Ministre du développement rural, son pays avait même dépassé les promesses de Maputo en allouant 13% de son budget au lieu des 10% convenus. D’ici l’horizon 2018 et à la demande du Président de la République, le pays allouera 15% de son budget national au développement de l’Agriculture. Ces 15% devront constituer le fonds national d’appui à l’agriculture et serviront pour la subvention des intrants agricoles, la mécanisation et la motorisation ainsi que l’irrigation. Il est à noter que le pays subventionne déjà les intrants agricoles à hauteur de 35 milliards de francs CFA dans le but d’améliorer la production et la productivité agricole, animale, végétale et piscicole.

Parlant de l’irrigation, qui selon le Ministre Treta, est une des meilleures façons de lutter contre le changement climatique, le Mali a décidé d’aménager 350 000 hectares. Le Président de la République avait demandé l’aménagement de 100 000 hectares mais au vu des énormes potentialités qu’offre ce système, le gouvernement a décidé de revoir ce chiffre à la hausse.

Selon lui, les moyens pour y arriver ne manquent pas et il y a une réelle mobilisation internationale.

10 ans après Maputo, l’Afrique est dans une nouvelle dynamique

Il y a 10 ans, les chefs d’Etat réunis à Maputo avaient pris d’importantes décisions sur la question de l’Agriculture en Afrique, ces décisions n’ont malheureusement pas été appliquées. Il s’agissait entre autres de consacrer 10% au moins de leurs budgets au secteur agricole.

Photo de famille du 23 ème sommet de l'union

africaine

source: fasonet

L’objectif de ce sommet est donc de donner une nouvelle impulsion à ce secteur essentiel de l’économie africaine qui emploie 2/3 de la population du continent.

L’ensemble des sujets ont été examinés par les ministres des Affaires étrangères africains lors de la 25è réunion du Conseil exécutif. On notait également la présence de la présidente de la Commission de l’Union africaine, Mme Nkosazana Dlamine Zuma, et du représentant du secteur général des Nations unies, le Dr. Carlos Lopez.

Au cours des travaux préliminaires, les ministres des Affaires étrangères ont abordé des thèmes précis dans le cadre de la revalorisation du secteur agricole en Afrique.  Ils ont mis l’accent sur l’industrialisation, l’irrigation et la commercialisation de nos produits agricoles qui permettront, d’après les spécialistes, de résorber le chômage en Afrique et de créer une valeur ajoutée pour nos économies.

Selon le représentant du Secrétaire Général des Nations Unies, c’est grâce à la mécanisation et à l’industrialisation que la Chine a pu enclencher son développement.

Selon Mme Zuma, les différents points évoqués sont cruciaux et constituent une réelle amorce du développement en Afrique. Elle a exhorté les uns et les autres à tout mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés.

Le 23ème sommet de l’union africaine s’est terminé par l’adoption d’une déclaration commune visant à accélérer le développement de l’agriculture en Afrique.

Apprenez-en plus sur le 23ème sommet de l’Union Africaine