Quelles pratiques d’agriculture intelligente face au climat sont-elles efficaces pour quel type d’exploitation agricole ?

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Les semis dans la pépinière de l’agriculteur Omar poussent bien dans son arrière-cour, attendant d'être plantés une fois que les pluies arrivent. Photo: Trees for the Future
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sep 25, 2015

par

Sabine Douxchamps (ILRI) et Patti Kristjanson (ICRAF)

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Il ressort de l’analyse des données que les  stratégies d’adaptation agricoles en Afrique de l’Ouest sont de plus en plus adoptées, bien que les avantages des pratiques de l’exploitation agricole « intelligentes face au climat » varient. 

Mavis Derigubah travaille au Ministère de l’alimentation et de l’agriculture au sein des collectivités territoriales au Ghana. Elle fait partie  d’une équipe chargée d’introduire les pratiques de l’agriculture intelligente face au climat dans la zone, notamment le terrassement des terres, l’utilisation stratégique des engrais, la conservation de l’eau, les techniques d’agroforesterie, etc. Jusqu’ici, ce travail a été couronné de succès comme en témoignent les agriculteurs qui non seulement ont beaucoup appris, mais également, sont en bonne voie pour mettre en œuvre les pratiques et en récolter les avantages.

Cependant, une préoccupation concerne le fait, qu’en dépit de la promotion récente de diverses stratégies intelligentes face au climat conçues afin d’aider les agriculteurs à s’adapter et à atténuer les changements climatiques, des analyses approfondies sur leurs impacts sur la sécurité alimentaire et les pratiques efficaces et dans quel contexte font défaut. Ces informations sont primordiales afin d’aider les agriculteurs à choisir les types appropriés de pratiques intelligentes face au climat au bon moment.

Un article publié récemment dans « Regional Environmental Change » analyse les données concrètes sur 600 ménages en Afrique de l’Ouest afin d’essayer de mieux comprendre les liens entre les stratégies d’adaptation agricoles et la sécurité alimentaire. 

Dans ce cadre, l’équipe a étudié les stratégies d’adaptation telles que la diversité des cultures, la conservation des sols et de l’eau, la préservation des arbres et le maintien des petits ruminants dans les exploitations agricoles, l’utilisation des variétés de cultures améliorées et  l’application des engrais et leur impact sur la sécurité alimentaire.

Par ailleurs, l’équipe de recherche a étudié les différentes caractéristiques des ménages agricoles et leur productivité en posant des questions concernant qui pratique quoi et quelles sont les principales caractéristiques des ménages qui appliquent les différentes  pratiques d’agriculture intelligente face au climat.

Les conclusions révèlent que bien que les pratiques d’agriculture « intelligente face au climat » aient des impacts positifs et commencent à se propager en Afrique de l’Ouest, leurs avantages dépendent également de la productivité de la terre, ainsi que de la taille de l’exploitation. 

De même les données montrent que les agriculteurs qui sont davantage axés sur le marché et s’adonnent à la vente des produits sur le marché étaient également plus en sécurité sur le plan alimentaire pendant toute l’année.

Les conclusions indiquent que ce qui constitue une agriculture « intelligente face au climat » pour un paysan n’est pas nécessairement la solution idoine d’adaptation climatique pour un autre.


L’étude révèle que les agriculteurs qui sont davantage axés sur le marché ont tendance également à être davantage dans des conditions de sécurité alimentaire pendant toute l’année. Photo: C. Schubert (CCAFS)

 

Quels types de ménages ont plus de chances d’être dans des conditions de sécurité alimentaire ?

L’analyse a été effectuée à l’aide d’une stratégie d’échantillonnage stratifiée et de la   méthodologie d’enquête  « IMPACTlite » dans les sites de recherche de Lawra-Jirapa au Ghana, de Kaffrine au Sénégal et de Yatenga au Burkina Faso du Programme de recherche du CGIAR sur les changements climatiques, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS).

Les agriculteurs se sont vus poser des questions sur les ressources auxquelles ils avaient accès et qu’ils utilisaient, comment ils géraient leurs cultures, l’élevage et la terre et combien ils produisaient et consommaient, et une large gamme d’autres questions afin d’étudier les systèmes et tendances dans les différents systèmes agricoles de la région.

Pendant l’étude analytique, l’équipe a identifié quatre types distincts de ménages qui revenaient dans la  région :

  •  les exploitations de subsistance, qui ne sont pas des ménages autosuffisants et disposent d’une petite superficie par habitant, très faible orientation vers le marché; 

  • les exploitations diversifiées, qui réussissent dans la diversification des cultures et l’intensification de la production sur de petites superficies, à orientation relativement forte vers le marché ;

  • exploitations extensives, à faible orientation vers le marché, faible productivité et mettant l’accent sur les cultures de base, mais recèlent une autosuffisance plus élevée par le truchement des revenus non agricoles et de l’élevage ;

  • les exploitations intensives, menant à bien la diversification des cultures et l’élevage sur de grandes superficies, à forte orientation vers le marché. Ce groupe a permis aux auteurs d’analyser les stratégies d’adaptation efficaces qui s’appliquent aux différents types de ménages.

Il ressort de l’analyse que les exploitations diversifiées et intensifiées semblent mieux outillées pour  satisfaire leurs besoins alimentaires et peuvent continuer de le faire à mesure que le climat et la démographie évoluent en développant les stratégies et pratiques d’adaptation aux changements climatiques existantes et bien développées.

Pour que d’autres ménages agricoles puissent atteindre la sécurité alimentaire, en particulier les exploitations de subsistance, ils pourraient être amenés à changer la manière dont ils fonctionnent. Ici, soit en trouvant les moyens de garantir des revenus non agricoles, soit en identifiant les moyens de passer de l’agriculture de subsistance à des exploitations agricoles diversifiées ou qui feront l’objet d’une plus grande intensification des cultures.

Ce qu’il faut aux agriculteurs pour améliorer la sécurité alimentaire

Étant donné que la taille des exploitations agricoles ne changera probablement pas, il est important d’accroître la participation au marché local, d’intensifier la production agricole ainsi que l’application des pratiques intelligentes face au climat. L’idéal serait que les agriculteurs mettent en œuvre plusieurs pratiques intelligentes face au climat parallèlement, car certaines pratiques se renforcent mutuellement ; par exemple la combinaison de l’élevage et des cultures où la fumure est utilisée comme engrais et les résidus de récoltes spécifiques comme fourrage nutritif pour les animaux. 

Par ailleurs, les résultats indiquent que l’on gagnerait davantage à étudier des voies d’adaptation pour les différents types de ménages et ce que ces voies pourraient comprendre, plutôt que d’amener les agriculteurs à adopter des technologies spécifiques intelligentes face au climat. Une voie serait plus holistique dans son intervention et satisferait les différents besoins, et permettrait de relever les différents défis d’une exploitation spécifique. La compréhension des stratégies et mécanismes d’adaptation des ménages, ainsi que leurs processus de prise de décisions agricoles et leurs moyens d’existence revêtent un caractère essentiel pour leur fournir une série adaptée de stratégies et voies d’adaptation.

La typologie élaborée dans le cadre de cette étude constitue un bon point d’entrée pour  étudier les interventions qui doivent cibler quels groupes de petits exploitants agricoles, et quantifie l’impact des différentes options d’adaptation sur la sécurité alimentaire du ménage, aidant ainsi à évaluer leur efficacité.

Il va sans dire qu’il n’existe aucune solution « uniforme ». Pour les différents agriculteurs, différentes stratégies d’adaptation seront « intelligentes face au climat ».

Pour les agriculteurs, pour s’adapter de manière réussie, ils doivent avoir un meilleur accès à l’information relatives aux différentes opportunités de l’intelligence face au climat, appuyées par la formation afin d’avoir accès aux différentes options pour les tester et modifier de manière qu’elles fonctionnent dans un contexte spécifique. Les informations améliorées et accessibles sur le  climat, par exemple les mises à jour des prévisions météorologiques et des projections concernant leur zone locale, s’avèrent également essentielles.

Par ailleurs, l’accès à l’information sur le climat semble constituer l’une des interventions les plus appréciées par les agriculteurs au Ghana, car ils peuvent, à présent, appeler facilement un numéro pour obtenir les prévisions locales avant de prendre toutes décisions agricoles ; de s’informer des activités exécutées par CCAFS, ESOKO en collaboration avec plusieurs autres partenaires :

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