Un champ est plus important que la somme de ses parties

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An integrated approach matters to mixed crop and livestock farms in Western Kenya. Photo: C. Schubert (CCAFS)
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juin 2, 2014

par

Sonja Vermeulen (Head of Research, CCAFS)

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Comment une approche de l’exploitation dans son ensemble peut-elle réduire les émissions et générer des avantages supplémentaires pour les petits exploitants agricoles.

La Section sur la réduction des émissions de GES du Cinquième rapport d’évaluation du GIEC fraîchement publié met en exergue l’importance d’une approche intégrée de l’agriculture, de la foresterie et des autres utilisations de la terre. Il existe plusieurs interactions et rétroactions entre les maisons, les champs, les forêts, les terres humides, les pâturages et le bétail dans les paysages gérés par l’homme. Ainsi, nous pouvons prendre des décisions bien plus sensées concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour autant que nous appréhendions le système dans sa globalité, plutôt que de procéder à une comptabilité séparée pour chaque composante.

Un article intitulé « Quantification à l’échelle de l’exploitation des émissions de GES dans les petites exploitations agricoles dans les pays en développement », publié récemment par Matthias Seebauer, montre comment une approche intégrée est importante pour les exploitations mixtes combinant agriculture et élevage dans l’Ouest du Kenya. Dans le cadre d’un projet piloté par Vi Agroforestry, les agriculteurs ont adopté différentes pratiques de gestion durable des terres agricoles (GDTA) – essentiellement afin d’améliorer les moyens d’existence. Toutefois, il pourrait exister également des coavantages en ce qui concerne la réduction des émissions de GES. Au nombre des pratiques pertinentes figurent la gestion des résidus de cultures et du fumier, le compostage, le recours permanent aux cultures de couverture et l’agroforesterie.

Seebauer utilises deux outils bien établis pour évaluer les émissions à l’échelle de l’exploitation : la Méthodologie VCS GDTA et l’outil Cool Farm. Ces deux outils permettent de calculer les émissions par hectare pour les activités agricoles intimement liées, tout en classant les activités différemment. En effet, un défi chronique concernant de tels outils a trait à l’inclusion correcte des pratiques très variées des petits exploitants agricoles, en particulier à travers des paysages entiers comprenant des parcours et des forêts, ainsi que des exploitations agricoles et du bétail en enclos.

La comparaison des émissions des exploitations agricoles en 2009 et 2011, avant et après l’adoption des pratiques de gestion durable des terres, permet d’identifier les options les plus efficaces pour la subsistance et la sécurité alimentaire des paysans, ainsi que la réduction des émissions. D’une manière générale, l’adoption de la GDTA a eu un impact significatif sur les avantages annuels des efforts de réduction des émissions de GES, ce qui s’est traduit par des émissions situées entre 4 et 6,5 tonnes d’équivalent CO2 par hectare. Il existe plusieurs avantages gagnant-gagnant. Par exemple, la GDTA améliore le rendement des cultures et génère des sous-produits tels que les aliments bétail, tout en éliminant le carbone atmosphérique dans les sols et la biomasse ligneuse. Cependant, toutes les nouvelles pratiques ne génèrent pas des avantages en termes de réduction des émissions. Les agriculteurs qui participent au projet de GDTA ont cessé d’utiliser les engrais azotés artificiels. Néanmoins, il ressort des calculs des émissions que les faibles niveaux d’utilisation d’engrais en 2009 ont produit des émissions minimales de toute façon.

D’autres dynamiques sont beaucoup plus complexes. De loin, les émissions les plus élevées – jusqu’à 7 tonnes d’équivalent CO2 par hectare – proviennent du bétail, par le truchement de la fermentation entérique et de la gestion du fumier. Les réductions entre 2009 et 2011 sont dues essentiellement à la baisse du cheptel, en particulier les bovins. Tel qu’il ressort de l’analyse, il existe des moyens de réduire les émissions qui rapportent des revenus aux paysans sans réduire leur cheptel, notamment l’amélioration de la qualité des aliments bétail à l’aide de légumineuses plantées dans les pâturages ou sous forme de haies vives ou de cultures intercalaires dans les exploitations agricoles.

L’article de Seebauer n’est qu’un élément parmi tant d’autres articles utiles sur les politiques contenus dans un numéro spécial de la revue Environmental Research Letters concernant la réduction des émissions de GES dans l’agriculture et les autres secteurs utilisant la terre dans les pays en développement. Dans le même temps, les chercheurs du programme SAMPLES s’emploient sur trois continents à mettre au point des indicateurs de mesure plus comparables, exacts et abordables des émissions et des options de réduction. La science collaborative, telle que l’agriculture, peut être plus que la somme des ses parties.

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