Vers une Agriculture Intelligente face au Climat en Côte d’Ivoire

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En Côte d'Ivoire, beaucoup de champs de cacao sont vieux et ne produisent plus assez. L'agriculture intelligente face au climat règle ce problème en aidant les agriculteurs à accroître leur revenu. Photo: C. Adjehi (ICRAF)
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nov 3, 2015

par

Mathieu Ouédraogo, Cheick Mbow, Christophe Kouamé (CCAFS, ICRAF)

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Afin de préparer la mise en œuvre de l’Agriculture intelligente face au climat, un renforcement de capacité des acteurs nationaux ivoiriens est nécessaire.  

L’agriculture joue un rôle important dans le développement économique et social des pays de l’Afrique de l’Ouest. Elle emploie 60% de la population active et contribue pour une part importante au PIB (35%) et aux recettes d’exportation. Pour continuer à assurer efficacement sa fonction économique et sociale, l’agriculture ouest africaine doit faire face au défi du changement climatique.

Les défis de l’agriculture face au changement climatique

Le changement climatique impose trois défis majeurs à l’agriculture. Il s’agit de : 

Nourrir une population de plus en plus croissante : Estimée à 290 millions en 2010, la population de l’Afrique de l’Ouest va plus que doubler à l’horizon 2050. Ceci entrainera une augmentation de demande de nourriture de 60 à 80% nécessitant l’exploitation de ressources supplémentaires.

S’adapter au changement climatique : La hausse des températures, la diminution des précipitations, la fréquence accrue des périodes de sécheresse et des inondations, ainsi que la prolifération des parasites consécutives au changement climatique, va entraîner une baisse et une instabilité des rendements ainsi qu’une forte augmentation des prix des principales cultures vivrières. L’agriculture a donc besoin de s’adapter au changement climatique.

Produire tout en minimisant les effets sur l’environnement : L’agriculture constitue la première source mondiale d’émission de méthane et de protoxyde d’azote, une source importante d’émission de carbone et le principal facteur mondial de déforestation. L’agriculture et la déforestation sont responsables d’environ 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’agriculture est donc un élément majeur du changement climatique.

Nécessité d’une transformation de l’agriculture

Pour répondre à ce triple défi, il est urgent d’adopter une agriculture intelligente face au changement climatique (AIC). Il s’agit d’une approche intégrée déjà implémentée par le programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS) dans cinq pays pilotes (Burkina Faso, Ghana, Mali, Niger, Sénégal).

Cette approche vise à augmenter durablement la productivité et les revenus agricoles tout en améliorant la résilience et l’adaptation au changement climatique des populations et à réduire lorsque cela est possible, les émissions des gaz à effet de serre issus des activités agricoles.

C’est un nouveau cadre conceptuel qui vise à relever les défis de la sécurité alimentaire et du changement climatique. L’AIC doit être prise en compte aussi bien au niveau des exploitations agricoles, des communautés que dans négociations internationales.

Les stratégies AIC incluent l’innovation et l’amélioration des technologies, l’utilisation efficace des ressources (terre, eau, énergie, intrants agricoles), l’amélioration de l’accès à l’information (sur le climat et les marchés) et aux infrastructures, la disponibilité d’outils efficaces de gestion des risques (climatiques, marchés, etc.).

Cependant, les interventions intelligentes face au climat sont très spécifiques au lieu de mise en œuvre et très exigeantes en connaissances d’où la nécessité de renforcer les capacités des acteurs locaux.

Nécessité de renforcer les capacités des acteurs agricoles en AIC :

Convaincu de l’importance de l’AIC à répondre aux défis actuels de l’agriculture en Côte d’Ivoire, les acteurs nationaux du secteur agricole ont défini un plan d’action AIC. La réussite de la mise en œuvre de ce plan d’action nécessite un renforcement des capacités  des acteurs du secteur agricole en AIC.

C’est pourquoi le programme collaboratif des Nations Unies pour la Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la dégradation des forets dans les pays en voie de développement (REDD+) et la Banque mondiale ont sollicité le concours du Centre Mondial d’Agroforesterie (ICRAF) et du CCAFS-Afrique de l’Ouest pour former les acteurs nationaux impliqués dans les questions agricoles et environnementales en Côte d’Ivoire sur les enjeux et perspectives d’une agriculture intelligente face au climat (AIC).

La formation a regroupé vingt-sept participants venant des ministères techniques, des structures publiques et parapubliques, des filières agricoles, des institutions régionales et internationales (Banque mondiale, Banque africaine de développement, FEM), des partenaires au développement (GIZ,..).

Cette formation avait pour objectifs spécifiques de : 

  • Informer les acteurs nationaux sur l’agriculture intelligente face au climat ;
  • Présenter les enjeux, limites et perspectives de l’agriculture intelligente face au climat ; et
  • Partager des informations complémentaires sur les technologies liées à AIC suite aux échanges avec un panel d’experts.

La formation a abordé les thèmes suivants :

  • L’Agriculture Intelligente face au Climat et l’intensification durable en Afrique  à travers le concept d’AIC, sa genèse et les pratiques et technologies y afférant.
  • Les outils et approches AIC à travers l’exemple du modèle de villages intelligents face au changement climatique, de l’approche fermes du futur et de la gestion de la multifonctionnalité.

Le Dr Mathieu Ouédraogo lors de sa présentation sur l'Agriculture intelligente face au climat. PhotoPhoto: Adjehi Claude E., ICRAF-Côte d’Ivoire

Résultats majeurs de la formation

La formation a permis aux participants de discuter de l’AIC et de ses défis de mise à l’échelle, de partager leurs expériences en matière d’AIC, d’analyser la faisabilité des expériences et de faire des recommandation pour leur réussite dans le contexte ivoirien.

De l'AIC et de ses défis : Il ressort de cette formation que la bonne utilisation des outils AIC passe par une bonne identification des problèmes et leur catégorisation entre variabilité climatique et changement climatique. Cette catégorisation est d’autant plus importante que les solutions à privilégier en dépendent.

Les échanges ont révélé la nécessité pour la Côte d’Ivoire de densifier son réseau de mesures des paramètres climatiques et d’améliorer l’exploitation de ces données, en faveur du monde agricole, par la mise en place d’un Groupe de Travail Pluridisciplinaire.

En effet, dans les pays sahéliens, les travaux du GTP ont abouti à la fourniture de services climatiques qui occupent aujourd’hui un rôle central dans l’appui apporté aux agriculteurs pour leur permettre de faire face aux changements climatiques.

Du partage d’expériences : Ces expériences montrent que diverses structures et départements ministériels utilisent dans leurs projets ou programmes, certaines des techniques et technologies d’AIC présentées.

Ces expériences doivent être portées à la connaissance des acteurs du secteur agricole et devraient être capitalisées pour une mise à l’échelle. Par ailleurs, les participants ont été informés des expériences réussies en matière d’AIC dans certains pays sahéliens tels que le Burkina Faso et le Niger. Il s’agit de l’adoption à grande échelles de techniques de conservation des eaux et des sols et d’agroforesterie notamment la RNA. Toutefois, les interventions intelligentes face au climat sont très spécifiques au lieu de mise en œuvre.

En somme, l’agriculture intelligente face au changement climatique constitue une option porteuse pour une meilleure valorisation du potentiel agricole de la Côte d’Ivoire en vue de la réalisation de ses objectifs de développement (amélioration de la sécurité alimentaire, réduction de la pauvreté, résilience des populations et santé environnementale). Pour ce faire, les acteurs nationaux du secteur agricole doivent impérativement intégrer l’AIC dans leur politique de développement.

Ils doivent faire les efforts nécessaires pour développer les connaissances et les capacités requises pour faire de l’agriculture intelligente face au climat une réalité dans en Côte-d’Ivoire.

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Lisez le blog : L’Afrique de l’Ouest crée une alliance pour l’AIC

Téléchargez le document de travail : Paysage scientifique, politique et financier de l’Agriculture Intelligente face au Climat en Afrique de l’Ouest

Pour une agriculture intelligente face au climat au Sénégal, un recueil de bonnes pratiques d’adaptation et d’atténuation publié. ( Français uniquement)

Lisez le blog : Comment l’agriculture intelligente face au climat améliore-t-elle la vie de millions de personnes à travers le monde