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Les longues répercussions des chocs thermiques dans les pays pauvres

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Une étude révèle que les pays pauvres, en particulier ceux qui dépendent de l'agriculture, souffrent le plus de chocs thermiques. Photo: P. Casier (CCAFS)
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sep 3, 2012

par

Sonja

par Sonja Vermeulen

La flambée des prix des denrées alimentaires est encore une fois parmi nous. Pour certains produits il y a un lien direct avec le climat. Aux Etats-Unis, les fortes chaleurs et la sécheresse ont pour la première fois dans l'histoire, envolés le prix du boisseau de maïs à plus de 8 $. Mais, les "vagues de chaleur" ont-elles des effets à long terme sur l'économie? Quelques réponses intéressantes apparaissent dans Temperature shocks and economic growth: evidence from the last half century, une étude économétrique de Melissa Dell, Benjamin Jones et Benjamin Olken, qui était disponible sous forme de Working Paper depuis la crise des prix des denrées alimentaires de 2008 et qui est désormais officiellement publiée.

L'étude analyse la relation entre les anomalies de températures et la performance économique dans 125 pays entre 1950 et 2003. En résumé, les pays riches ne montrent pas des impacts économiques significatifs liés aux chocs thermiques. Or dans les pays pauvres - qui ont également tendance à être chaud et agricole*- un écart-type de la température annuelle moyenne à la hausse réduit la croissance économique de 0,69 points de pourcentage. Cela signifie que les années qui sont 1C plus chaudes que la moyenne-se qui se produit environ une fois tous les 15 ans- sont associées à une réduction moyenne de la croissance économique de 1,3 points de pourcentage.

Sans surprise, l'impact de la température sur l'agriculture est majeur. Une augmentation  de 1C est liée à une réduction de 2,7% de la croissance des produits agricoles. La base biophysique est assez claire. La température a une incidence sur la disponibilité d'eau et l'évapotranspiration, et influence de façon directe la physiologie des plantes. Des études menées aux États-Unis et en Afrique subsaharienne ont montré comment les rendements du maïs chutent lorsque les températures de la saison de croissance dépassent le seuil des 30C. À son tour, la perte de productivité agricole peut avoir de graves répercussions sur d'autres secteurs.

Mais l'étude de Dell et ses co-auteurs montre que les chocs thermiques ont des impacts négatifs sur l'industrie et sur la stabilité politique qui ne peuvent pas être attribués uniquement à l'agriculture. Si l'on extrapole les résultats des auteurs au-delà de la performance macro-économique à la sécurité alimentaire, les implications sont alarmantes. Les populations déjà touchées par l'insécurité alimentaire vont souffrir d’avantage, non seulement par une production alimentaire réduite, mais aussi à travers des perturbations touchant la transformation et distribution des aliments, les opportunités d’activités salariées, et  la maintenance des infrastructures et des services. L'insécurité alimentaire doit être abordée à la fois par le biais de la production agricole et par le renforcement des divers mais fragiles «droits» des pauvres à la nourriture.

 Dell et ses co-auteurs soulignent que les chocs thermiques dans les pays pauvres n’ont pas seulement des effets négatifs significatifs sur les niveaux de production immédiats mais aussi sur la capacité de croissance économique. Tout comme les agriculteurs pauvres ont une capacité réduite pour réinvestir suite à de mauvaises récoltes, les pays pauvres ont du mal à s’accroitre après des chocs thermiques qui touchent l’ensemble de l'économie. En effet, les statistiques montrent que le temps nécessaire à une récupération peut aller jusqu'à dix ans.

Pire encore, et au-delà des analyses des auteurs, la fréquence et l'intensité des épisodes de chaleur extrême sont susceptibles de s'intensifier à l'avenir. Une alarmante nouvelle catégorie d’«étés extrêmement chauds» (PDF), plus de trois écarts types au-dessus de la moyenne, a vu le jour au niveau mondial au cours de ce siècle. Pour les décideurs politiques et les ménages pauvres, la gestion axée sur les extrêmes (plutôt que sur les moyennes) sera de plus en plus importante pour faire face à la sécurité alimentaire future.

*Note: Les auteurs remarquent qu'il n'est pas possible de séparer définitivement les variables de pauvreté (PIB), la température moyenne et la part de l'agriculture dans le PIB, mais que, dans l'analyse de régression l'effet des chocs thermiques apparaissent en étant pauvres, non pas par être chaud ou d'être agricole. Notez que le classement des pays pauvres et pays riches ne correspond pas au classement du Banque mondiale, qui utilise «pays développés» ( «à revenu élevé») et «pays en développement» ( «revenu moyen» et «faible revenu»). Par exemple, l'Afrique du Sud et la Colombie sont classées comme pays riches.

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Ce blog fait partie de la série AgClim Letters, un bulletin mensuel sur la politique scientifique écrit par Sonja Vermeulen, directrice de recherche du programme du programme de CGIAR 'Changement Climatique, Agriculture et Sécurité Alimentaire' (CCAFS). Inscrivez-vous pour le recevoir comme un bulletin électronique.