Notre seule sécurité (alimentaire), c'est notre capacité à changer

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Une voix unifiée de l'Afrique devrait donner une image réaliste des futurs changements climatiques, reconnaissant à la fois les effets négatifs et la capacité à changer. Photo: N. Palmer (CIAT).
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déc 1, 2011

par

Sonja

Parlez d’une seule voix sur l'agriculture! Tel est l'appel de la ministre sud-africaine de l'Agriculture Tina Joemat-Pettersson à ses pairs du continent au moment où Durban accueil la "CdP de l'Afrique". Mais cette voix unifiée devra-t-elle souligner la vulnérabilité et les impacts négatifs, ou plutôt les potentiels et les opportunités?

À ce jour le consensus scientifique suggère que l'agriculture africaine sera durement touchée par le changement climatique. Le dernier rapport du GIEC a conclu que certains pays africains pourraient voir les rendements des cultures pluviales chuter de 50% dès 2020; une étude plus récente a confirmé á un « très haut niveau de confiance » qu’au cours du 21ème siècle, la production agricole dans la majeure partie de l'Afrique sera "gravement compromise". Cependant, une lacune de la plupart des modèles et des études statistiques est - comme le reconnaissent volontiers leurs auteurs - qu'ils ne prennent pas en compte la manière dont les agriculteurs, les marchés et les gouvernements s'adaptent au changement.

L'adaptation agricole est l'objectif explicite d'un nouvel article de B.G.J.S Sonneveld, MA Keyzer, P. et S. Pande Adegbola, intitulé L'impact du changement climatique sur la production agricole en Afrique occidentale: une évaluation pour le bassin du fleuve Ouémé au Bénin. Les auteurs ont créé un Outil D'aide à la Décision pour les chercheurs et les décideurs politiques béninois qui calcul les prix des denrées alimentaires et les revenus des agriculteurs sous différents scénarios d'adaptation. L'outil s'appui sur de multiples ensembles de données et comporte un modèle climatique de circulation générale, un modèle hydrologique, ainsi que des fonctions sur les rendements des cultures, les prix (y compris les effets du commerce intérieur) et les pratiques des agriculteurs.

Comme tout modèle, les sorties de l'outil impliquent des incertitudes [1]. Cependant, les auteurs sont optimistes quant à l’efficacité et le pouvoir de l'adaptation comme moyen de surmonter les impacts négatifs du changement climatique sur l'agriculture dans le bassin de l'Ouémé. En comparant deux périodes de 15 ans, 1980-2003 et 2004-2030, on s’aperçoit que le changement climatique réduit les rendements de la plupart des cultures (manioc, igname, maïs, riz, soja, haricots, patates douces), mais pas celui du sorgho, su coton et de l'arachide. L’adaptation par le biais d’une orientation au profit de ces derrières cultures compense la perte de revenus, perte qui se réduit d’avantage lorsqu’on prend en compte la réponse des prix à la pénurie.

La réduction de la durée de la jachère, couplée à une modeste hausse dans l’application d’engrais et pesticides, peut transformer les pertes en gains de revenus allant jusqu'à 67%. Il y a également des opportunités pour l'intensification du bétail et pour de nouveaux marchés transfrontaliers.

Ainsi, des pratiques simples et abordables soutenues par des marchés et des politiques  fonctionnels pourraient suffire à éviter la hausse de la pauvreté rurale sous l’effet du changement climatique, du moins pour certaines régions. Des besoins plus importants en main-d'œuvre peuvent être un facteur limitant pour certains agriculteurs, mais à la fois une opportunité pour d’autres. Un compromis est que de plus courtes jachères et plus d'engrais pourrait augmenter les émissions de gaz à effet de serre, mais cela pourrait être contrebalancé par une moindre expansion des cultures vers des zones sous végétation naturelle. Quoi qu'il en soit, les entrants des petits agriculteurs africains sont actuellement à un niveau si bas qu'il n'est guère d'éthique ou pratique de chercher à  obtenir des réductions.

Une voix unifiée de l'Afrique devrait donner une image réaliste des futurs changements climatiques, reconnaissant à la fois les effets négatifs et la capacité à changer. Des études comme cet exemple du Bénin font preuve d’un espoir prudent que des politiques et des investissements judicieux peuvent permettre aux agriculteurs de réduire leurs risques de sécurité alimentaire future liés au climat.

[1] Par exemple, cet outil utilise des analyses de sensibilité afin d'estimer les effets des différentes projections du changement climatique par les différents modèles de circulation générale. 

Note: Le titre de cet article est adapté d'une citation largement cité du Dr John Lilly Cunningham 

Liens

  • Müller, C., Cramer, W., Hare, W.L., and Lotze-Campen, H. 2011. Climate change risks for African agriculture. Procedings of the National Academy of Sciences 108: 4313-4315. DOI: 10.1073/pnas.1015078108
  • Sonneveld, B. G. J. S., Keyzer, M. A., Adegbola, P. and Pande, S. 2011. The Impact of Climate Change on Crop Production in West Africa: An Assessment for the Oueme River Basin in Benin. Water Resources Management. DOI: 10.1007/s11269-011-9931-x
  • Liu, J., Fritz, S., van Wesenbeeck, C. F. A., Fuchs, M., You, L., Obersteiner, M., and Yang, H. 2008. A spatially explicit assessment of current and future hotspots of hunger in Sub-Saharan Africa in the context of global change. Global Planetary Change, 64: 222–235. DOI: 10.1016/j.gloplacha.2008.09.007

Ce blog fait partie de la série AgClim Letters, un bulletin mensuel sur la politique scientifique écrit par Sonja Vermeulen, directrice de recherche du programme du programme de CGIAR 'Changement Climatique, Agriculture et Sécurité Alimentaire' (CCAFS). Inscrivez-vous pour le recevoir comme un bulletin électronique.