Le partenariat interinstitutionnel efficace pour la mise à l’échelle de l'approche ferme du futur

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Les partenaires échangent sur des outils de l'approche. photo: S. Toure (CCAFS West Africa)
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aoû 13, 2015

par

Mathieu Ouedraogo, Sibiri Jean Ouedraogo, Sekou Toure, Maimouna Fane (CCAFS West Africa, CILLS)

En collaboration avec d’autres instituts de recherche régionaux et les Systèmes Nationaux de Recherche Agricole, le CCAFS a mis en place un partenariat fort pour la mise à l’échelle de l’approche «fermes du futur» en Afrique de l’Ouest.

En Afrique de l’ouest, le changement climatique apporte de nouveaux défis à l’agriculture qui est déjà fragilisée par les aléas et la variabilité climatiques. Il met à rude épreuve les moyens de subsistance des populations rurales du fait de la forte dépendance de l’agriculture au climat.

Ces défis du changement climatique, de l’agriculture et de la sécurité alimentaire ne peuvent être adressés par une seule institution de recherche. Convaincu de cet état de fait, le programme de recherche du CGIAR sur le Changement Climatique, l’Agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS) a opté de s’attaquer à la problématique du changement climatique, de l’agriculture et de la sécurité alimentaire à travers une démarche d’intervention basée sur une collaboration stratégique au niveau global entre les CGIARs et le Future Earth.

Au niveau régional, cette stratégie repose sur un partenariat élargi entre les programmes régionaux du CCAFS et les systèmes nationaux de recherches agricoles (SNRA), les institutions sous-régionales et régionales, les ONGs, les organisations faitières paysannes régionales, etc. Ces structures jouent le rôle de next users et constituent un pilier incontournable pour la diffusion des approches, des techniques et des options d’adaptation au changement climatique développées à travers le programme CCAFS.

C’est dans ce cadre que l’Institut du Sahel (INSAH) , une institution spécialisée du Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) en charge de coordonner, harmoniser et promouvoir les actions d'études et de recherches sur l'Environnement l'Agriculture et Marchés et sur la population et le développement en Afrique l’Ouest, en partenariat avec le CCAFS, le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF) et les Instituts nationaux de recherches agricoles du Ghana (Council for Scientific and Industrial Research- CSIR-SARI), du Mali (Institut d’Economie Rurale- IER) et du Sénégal (Institut Sénégalais de Recherches Agricoles - ISRA) a mis en œuvre le projet de «Renforcement de la capacité de résilience et d'adaptation au changement climatique à travers la gestion intégrée des terres, de l'eau et des éléments nutritifs dans les zones semi-arides d’Afrique de l'Ouest (ENRACCA-WA)».

Le projet ENRACCA-WA a mis l'accent sur deux éléments principaux: a) la mise à l'échelle des pratiques et des technologies de gestion des sols et des eaux éprouvées et les plus prometteuses sur les sites climatiques spécifiques, et b) le renforcement ciblé des capacités des agriculteurs, des organisations communautaires et d'autres parties prenantes à mieux comprendre et intégrer le changement et la variabilité climatique dans les décisions de gestion agricole.

Pour atteindre ses objectifs, le projet ENRACCA a opté d’utiliser l’approche « fermes du futur » qui est une approche innovante développée par le programme CCAFS pour contribuer à l’amélioration des capacités d’adaptation des communautés au changement climatique. L’approche « fermes du futur » utilise l’outil analogue climatique pour connecter les producteurs ruraux à leur possible climat futur à travers des visites d’échanges inter-communautés entre un site de référence et son site analogue climatique. Elle permet aux communautés d’anticiper et de mettre en œuvre les leçons apprises lors des échanges inter-paysans afin d’améliorer leur capacité d’adaptation.

La première année du projet ENRACCA-WA a été marquée par l’appui technique et financier du programme CCAFS-Afrique de l’Ouest au renforcement des capacités des acteurs techniques du projet pour la mise en œuvre de l’approche «fermes du futur». A cet effet, une formation sur l’approche et son outil l’analogue climatique a été organisée à Niamey (Niger) du 03 au 05 octobre 2013 par le CCAFS et l’INSAH au profit des équipes nationales du projet ENRACCA (Ghana, Mali et Sénégal) et de deux autres pays pilotes du CCAFS-Afrique de l’ouest (Burkina Faso et Niger). Une trentaine de chercheurs et d’agents des services d’agriculture ont été formés à l’approche.

Cette formation a été suivie de la mise en œuvre effective de l’approche dans les cinq pays entre 2013 et 2014. A la suite de la mise en œuvre de l’approche, le CCAFS a appuyé toutes les équipes pour qu’elles organisent des ateliers nationaux de restitution et de promotion de l’utilisation de l’approche. Ceci a permis d’exposer l’approche a un nombre plus important de structures (services techniques de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement, projets de développement, ONGs et organisations paysannes locales), et de personnes ressources. Un fort engouement a été observé par rapport à l’approche et une demande de manuel de mise en œuvre a été exprimée dans les différents pays.

En somme, la collaboration entre l’INSAH, le CCAFS, le CORAF et les Systèmes Nationaux de Recherche Agricole (CSIR/SARI, IER, ISRA, INERA, INRAN), a permis à trois (3) pays   (Ghana, Mali et Sénégal) du projet ENRACCA et deux autres pays (Burkina Faso et Niger) d’intervention du CCAFS d’intégrer l’approche « Fermes du futur » dans la mise en œuvre de leur programme de renforcement de la résilience des agriculteurs pauvres au changement climatique. Un film documentaire a été produit pour capitaliser les acquis de la mise du projet ENRACCA en Afrique de l’Ouest.

De ce partenariat, on peut tirer les leçons suivantes :

  • la mutualisation des moyens financiers a permis d’intervenir sur plusieurs sites à la fois (dont deux sites de références dans chacun des pays ENRACA)
  • la mutualisation des ressources humaines a permis de renforcer les capacités des équipes nationales à travers un suivi efficace de la mise en œuvre de l’approche dans les différents pays.
  • l’implication de l’INSAH a donné un espace plus grand de visibilité pour l’approche (espace CILSS qui comporte 13 pays).

Il ressort de cette expérience que la construction d’un partenariat fort est nécessaire pour la mise à l’échelle des solutions d'adaptation au changement climatique en agriculture.