Collaboration ASAP-CCAFS, un potentiel à exploiter pour le bonheur des petits producteurs agricoles en Afrique

Une photo de groupe des participants à l'atelier d'échanges Sud-Sud entre projets ASAP co-organisé par le FIDA et CCAFS
nov 23, 2017

par

Dansira Dembele (CCAFS West Africa)

Appuyer les petits producteurs agricoles afin qu’ils deviennent plus résilients au changement climatique est un défi permanent à relever au quotidien, notamment en Afrique Subsaharienne, permanemment sujette aux effets néfastes du changement climatique. C’est le but recherché par le programme ASAP et le programme CCAFS.

Le programme de Recherche du CGIAR sur le Changement Climatique l’Agriculture et la Sécurité Alimentaire (CCAFS) et le Fonds International De Développement Agricole FIDA ont co-organisé à Bamako, Mali, un atelier d’échanges Sud-Sud entre huit projets en Afrique financés par le FIDA dans le cadre du Programme d'Adaptation de l'Agriculture Paysanne (ASAP) du 23 au 28 octobre 2017.

Il faut rappeler qu'à  travers le programme ASAP, le FIDA et ses partenaires encouragent la reproduction à plus grande échelle d’approches réussies en matière de pratiques adaptées au changement climatique aux avantages multiples pour l’agriculture paysanne, qui améliorent la production tout en réduisant les risques liés au climat.

L'objectif de l'atelier était créer un cadre d’échanges entre les responsables des projets afin qu’ils partagent leurs expériences et apprennent les uns auprès des autres. Il s'est également agi pour les participants de faire part d'exemples de succès en matière de priorités et d'investissements pour la mise à l’échelle de l’Agriculture Intelligente face au Climat. 

Ont participé à cet atelier le projet d’Appui au Développement du Maraîchage au Bénin (PADMAR-Benin), le Programme de Développement de L’agriculture Familiale du Niger(ProDAF), le Programme de Promotion des Opportunités Socioéconomiques Rurales du Cap-Vert (POSER), le Programme d'Appui à la Réduction de la Vulnérabilité dans les Zones de Pêches Côtières de Djibouti (PRAREV), le Projet d'Appui au Développement du Melaky et du Menabe au Madagascar (AD2M-II), le Projet de Développement de Filières Inclusives de la Mauritanie (PRODEFI), le Projet visant à Améliorer la Productivité Agricole au Mali (PAPAM/ASAP) et le Projet d'Amélioration de la Résilience de Systèmes Agricoles au Tchad (PARSAT). 

Les projets des huits pays s'investissent, entre autres, dans des actions liées à la récupération des terres dégradées (Niger), à la production de biogaz à partir d'un biodisteur (Mali), le sur le maraîchage (Benin). Au Djibouti, le PRAREV intervient dans la préservation de la mangrove, le Madagascar sur la gestion rationnelle de l'eau. 

CCAFS en Afrique de l'Ouest, à pour sa part, a partagé son expérience de l’agriculture intelligente face au climat (AIC). Aussi, a-t-il démontré l'importance de la mise à l’échelle d’options de l’agriculture intelligente face au climat. 

Au cours de l'atelier, la contribution du CCAFS a servi à enrichir les expériences des uns et des autres au détour  d'une présentation d’exemples de succès sur ses sites d'intervention. Egalement, le programme de recherche a fait part de son expérience dans le sens de la définition des priorités et investissements pour la mise à l’échelle de l’AIC.

Un autre aspect important évoqué lors des échanges a été le genre. Le CCAFS a abordé sa stratégie Genre et Inclusion Sociale. Comme expérience à partager, l’équipe CCAFS a expliqué comment sa stratégie Genre identifie les pistes de création d’opportunités pour les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés afin qu’il aient un un accès équitable aux ressources, à l'information et au pouvoir dans le système agroalimentaire. 

Nécessité d'étendre la collaboration CCAFS-FIDA aux projets pour une plus large mise à l’échelle de l’agriculture intelligente face au climat

En travaillant sur des projets ayant pour but d’améliorer la résilience des petits producteurs agricoles face aux effets du changement climatique,  les participants à l'atelier ont donc eu une occasion unique d'échanger sur les défis et les stratégies et pratiques d'adaptation au changement climatique adoptés par leurs projets.

C’est dans ce sens que le programme CCAFS à travers des présentations sur l’AIC,  ses approches et outils de mise en œuvre, a donné des exemples concrets de cas de succès de mise à l’échelle des options d’AIC sur le terrain.

Bien que les défis soient spécifiques à chaque pays selon les contextes climatiques, les participants ont été ravis de se familiariser avec des solutions pratiques et des approches techniques pertinentes dont le CCAFS est pionnier dans le domaine de l’agriculture intelligente face au climat.

Tout comme le programme ASAP, le programme CCAFS voudrait que dans le contexte du changement et de la variabilité climatique, l'agriculture, en particulier dans les zones vulnérables en Afrique, devienne plus résiliente, adaptée aux risques climatiques mais aussi sobre en émission en carbone, afin de répondre de manière durable à la demande alimentaire croissante.

Au vu de leurs intérêts et objectifs communs, le développement d’actions collaboratives concrètes et communes entre projets ASAP et le CCAFS serait d’un apport sans commune mesure pour une meilleure mise à l’échelle de l’AIC. 

Quelques acteurs se prononcent ci-dessous sur cette nécessité de collaboration sur le terrain entre leur projet ASAP et le programme CCAFS :

Mr Diallo Daouda, Coordinateur ASAP/PAPAM Mali« La ressemblance entre les actions du CCAFS et celles du PAPAM/ASAP est claire et visible.  La première composante de ASAP est de rendre résilient le producteur, le paysan, le ménage rural en apportant une énergie alternative au bois de chauffe. Nous avons les biodigesteurs qui permettent aux ménages ruraux de cuisiner sans fumée et sans apport de bois. Le digestat est un bon fertilisant pour les champs. Nous avons compris que CCAFS intervient directement dans les champs également.

La ressemblance entre le CCAFS et le PAPAM est plus palpable au niveau de la deuxième composante qui est l’élaboration de documents spécifiques qui prennent en compte l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Dans le cadre du maraichage, nous intervenons avec des outils spécifiques de planification en passant par la collaboration avec la météorologie.

La différence est qu’au CCAFS on note plus l’intervention de la recherche scientifique ce qui prouve une plus grande avancée dans ce sens. Par exemple dans le CSV de Cinzana, est pratiqué le maraîchage en période hivernale alors que nous ne sommes pas encore à ce niveau. Nos bénéficiaires cultivent de l’arachide et du haricot à cette période dans leurs périmètres maraichers alors que le CCAFS continue avec les légumineuses, grâce à des techniques spécifiques.

 Cela sous-entend que les interventions se font plus en profondeur et sont plus techniques. D’où le besoin de collaborer avec le CCAFS dans un souci de renforcement des actions du PAPAM ici au Mali. Avec la complémentarité tout est possible. Ce sera un très bon moyen pour nous d’atteindre notre objectif qui est de rendre plus résilients nos bénéficiaires.»

Mr Rakotondratsima Andrianianasoa, Coordinateur du projet AD2M Madagascar

« Projet de développement rural intégré qui intervient dans les deux régions à l’ouest de Madagascar, notre mot clé est : développement de pôles de développement agricoles et organisations affiliées. Son objectif ultime est l’augmentation de manière durable du revenu des agriculteurs et la sécurité alimentaire. Plus spécifique au projet, je parlerai de développement de systèmes de production plus performant et résilient au changement climatique.

Nous identifions les activités du projet AD2M comme étant climato-intelligentes. Nous avons pour ambition de diffuser à large échelle des pratiques agricoles résilientes au changement climatique. Nous allons plus loin en appuyant la population pour un meilleur accès à l’eau.

Nous sommes actuellement à la recherche de partenariat pour une gestion flexible de l’eau. Ce n’est pas une thématique couverte directement par CCAFS mais il est possible de mobiliser des experts à travers CCAFS pour pouvoir travailler sur cette piste. Nous avons l’expertise de développement de l’irrigation à grande échelle et d’épandage de crue à moyenne échelle mais nous avons besoin d’appui pour une meilleure manière de gérer à plus petite échelle avec des moyens qui sont mis en œuvre et pratiqués en Afrique de l’Ouest»

Mr Abdourahamane Mahamadou, Responsable de l’agriculture familiale, PRODAF, Niger

« Le PRODAF est mis en œuvre dans les régions de Zinder, Maradi et Taoua. C’est un projet mis sous la tutelle du ministère de l’agriculture de l’élévage et de la pêche. Son objectif global est d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de 290.000 ménages. Il vise également à rendre les communautés plus resilientes aux chocs externes tels que le changement climatique.

A travers les présentations données par le CCAFS lors de l’atelier d’échanges, j’ai retenu différentes techniques et technologies agricoles climato-intelligentes pour de meilleures productions agricoles.  Les techniques en cours dans le CSV du Sénégal m’ont beaucoup impressionné. Les résultats positifs du Sénégal sont impressionnants.

Dans le cadre d’une collaboration avec le PRODAF j’envisagerais trois axes : le renforcement de capacités de nos producteurs bénéficiaires afin d’accroitre leurs productions tout en atténuant les effets du changement climatique sur leurs efforts. Il y a également une possibilité de tester certains cas réussis en matière d’AIC sur nos sites tels que la récupération de terres agricoles pour qu’elles soient valorisées au mieux. Nous serions également intéressés par un traitement des bassins versants. Nous ne traitons pas que des sites pastoraux mais également des sites agricoles.  Il serait bien que le CCAFS  partage avec nous les approches qu’elle a eu à développer dans ces sens. »

Lectures complémentaires